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07‏/10‏/2008

NOBEL DE MEDECINE

Découverte du VIH : la fin d’une polémique?


Avec le prix Nobel de médecine 2008, Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi se voient officiellement consacrés découvreurs du virus du sida. Qu’en est-il de ceux qui ont aussi prétendu à ce titre au cours des dernières décennies ?

En honorant deux chercheurs français, les «pasteuriens» Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi, le prix Nobel de médecine 2008 semble attribuer officiellement, et une fois pour toutes, l’appellation «co-découvreurs» du virus du sida. Pourtant, pendant de longues années, l’Américain Robert Gallo a lui aussi été honoré de ce titre. La bataille faisait alors rage entre Français et Américains pour savoir qui avait isolé en premier le désormais fameux VIH et qui pouvait toucher les royalties des brevets. En France même, d’autres noms ont été associés aux travaux menés au début des années 80 à l’Institut Pasteur de Paris, notamment celui de Jean-Claude Chermann, aujourd’hui oublié du grand public, voire de ses pairs.

Dix ans de lutte
La polémique franco-américaine sur la découverte du virus du sida est officiellement close depuis 1994. En acceptant un nouvel accord sur le partage des royalties liées au test de dépistage du sida, les autorités américaines reconnaissent alors de fait que l’équipe française a été la première à isoler le VIH en 1983.

Rappelons le contexte : en 1981 une nouvelle maladie frappe les homosexuels aux Etats-Unis. La course pour identifier l’agent responsable de ce syndrome d’immunodéficience est lancée. Les malades, dont le système immunitaire est à plat, souffrent de nombreuses maladies. Trouver la cause s’annonce difficile. A Paris, Luc Montagnier et son équipe pense à un agent de la famille des rétrovirus, virus à ARN capables de modifier le code génétique (l’ADN) de la cellule infectée. Au début des années 80, l’Américain Robert Gallo est le ‘’pape’’ des rétrovirus. Il a découvert les deux premiers rétrovirus humains (HTLV), qui provoquent des leucémies.

En janvier 1983, le Pr Willy Rozenbaum réalise une biopsie sur les ganglions d’un jeune homme venu en consultation à la Salpétrière. C’est à partir de ce prélèvement que Luc Montagnier, Françoise Barré-Sinoussi, Jean-Luc Chermann et leurs collègues de Pasteur isolent en 1983 un nouveau rétrovirus. Au cours de l’année 1983, ils échangent des informations avec l’équipe de Gallo, qui travaille aux NIH (National Institute of Health) à Bethesda (Maryland). L’enjeu est d’établir que le rétrovirus isolé à Paris –baptisé LAV- n’est pas le HTLV de Gallo. En septembre 83 les Français envoient un échantillon du LAV dans le Maryland. Tout indique que le LAV est radicalement différent.

Surprise : en avril 1984 les Etats-Unis annoncent la découverte du virus du sida. S’engage alors une bataille juridique pour la détention du brevet sur les tests de dépistage du nouveau rétrovirus. La manne financière en jeu est colossale. En 1987 un accord est signé par Ronald Reagan et Jacques Chirac : il établit la co-découverte du VIH par les deux équipes et organise une répartition équitable des gains. Accord que Pasteur a plusieurs fois dénoncé. De fait, aux Etats-Unis, des enquêtes mettent en cause l’honnêteté de Robert Gallo. Le virus découvert par l’équipe de Bethesda serait en fait le LAV donné par les Français. Le nouvel accord signé en 1994 tranche en faveur des Français.

Boxer sans gants
Il semble donc peu probable que Robert Gallo conteste aujourd’hui l’attribution du Nobel de médecine 2008. Cependant un autre homme pourrait y trouver un goût amer. Jean-Claude Chermann, qui apparaît en 1984 aux côtés de Barré-Sinoussi et de Montagnier, n’est pas associé à la récompense. Il travaille toujours sur le virus du sida au sein d’une société de biotechnologie (URRMA R&D), après avoir été en poste au CNRS et à l’Inserm.

Comparé à ses deux anciens collègues, Chermann apparaît aujourd’hui comme un chercheur isolé. Dans les années 90, ses déclarations jugées «irresponsables» sur sa capacité à mettre au point très vite un vaccin contre le sida l’ont marginalisé. L’Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS) lui a refusé à plusieurs reprises des crédits. « Il est passionné, impulsif, confiait Françoise Barré-Sinoussi au Monde Diplomatique en 1998. Son tort, c’est de vouloir trop vite partager son enthousiasme avec d’autres et aussi de boxer sans gants ! ».

Cécile Dumas
Sciences et Avenir.com
06/10/08

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