http://www.foreca.com/

15‏/07‏/2008

Parcours subjectif en dix couvre-chefs à travers l'histoire de la peinture

l'étrange coiffe du Portrait de Giovanni Arnolfini (~1435) de Van Eyck. Dans ces deux oeuvres, le couvre-chef vient avant tout souligner la personnalité du modèle, dont le prestige ou du moins la richesse - le pigment rouge, qu'il s'agisse de vermillon ou de laque, est particulièrement coûteux - sont suggérés par la couleur.medium_turbanarnolfini.3.jpg

Le lien entre le modèle et son couvre-chef est plus subtil, plus complexe aussi, chez l'Homme au turban rouge. L'expressivité du turban, son exubérance contrastent avec l'apparent stoïcisme de son propriétaire. Par une curieuse perméabilité, l'homme semble avoir transmis au turban ses émotions, son expression, pour ne conserver sur son propre visage qu'un masque parfaitement impénétrable, mais dont les traits sont rendus avec un souci extrême du détail : rides, poils de barbe au menton, petit vaisseau sanguin de l'oeil gauche, rien n'échappe à la représentation.

medium_turban_4.2.jpg

Quel est donc cet homme mystérieux, à la fois si réel et si lointain ? De nombreux historiens voient dans l'Homme au turban rouge un autoportrait de Van Eyck, dont ce couvre-chef inhabituel serait la marque. medium_van_eyck_arnolfini_2.4.jpgL'image d'un homme ainsi coiffé, accompagné d'un personnage à turban bleu, apparaît aussi dans le célèbre miroir convexe du Portrait des époux Arnolfini, qui révèle le "hors-champ" de la scène. Il s'agirait du peintre observant ses modèles.

Que Van Eyck soit ou non l'homme au turban rouge, ce couvre-chef rendu presque vivant par la magie des pinceaux constitue un emblème de son art et de sa maîtrise. Plutôt que de rechercher la traduction d'une émotion particulière qui serait propre à l'individu dont il réalise le portrait - sans doute lui-même - , l'artiste affirme ici le pouvoir de la peinture à rendre compte du réel.

medium_turban_5.3.jpg

A l'individualité d'un visage, à sa vulnérabilité - les rides du modèle sont minutieusement détaillées... - répond l'universalité de la représentation, dont cette seule pièce de tissu rouge exprime toute la force.

En mettant l'accent sur le turban, Van Eyck insiste aussi sur l'aspect cérébral de son oeuvre. C'est là un des enjeux majeurs de la peinture qui, à la sortie du Moyen Age, se veut désormais art, fruit de l'intellect de son auteur, plutôt qu'artisanat. Le peintre s'affirme comme individu, sa signature très précise vient orner le cadre du tableau : en haut, sa devise "Als ich can" - "du mieux que je peux" -, en bas, l'inscription "JOH(ANN)ES DE EYCK ME FECIT ANO MCCCC33 21 OCTOBRE".

medium_vaneycksignature.jpg

Rarement oeuvre aura été aussi précisément datée : 21 octobre 1433, il y a 573 ans ! "Vous voyez, semble dire l'Homme au turban en nous regardant, les siècles ont passé, mais l'art de Van Eyck demeure !".



Jan VAN EYCK : L'Homme au turban rouge, 1433.

Huile sur bois, 33,3 * 25,8 cm. National Gallery, Londres.

Robert CAMPIN : Portrait d'homme avec un couvre-chef rouge, ~1430-1435.

Huile sur bois, 40,7 * 28 cm. National Gallery, Londres.

Jan VAN EYCK : Portrait de Giovanni Arnolfini, ~1435.

Huile sur bois, 29 * 20 cm. Gemäldegalerie, Berlin.

Jan VAN EYCK : Portrait des époux Arnolfini, 1434.

Huile sur bois, 81,8 * 59,7 cm. National Gallery, Londres.






ليست هناك تعليقات: